Thèmes, domaines et outils

Domaines concernés
En conséquence de ce qui vient d'être dit, les domaines principalement concernés par ces nouvelles orientations sont au nombre de trois :
À ces grands domaines d'application, il faut ajouter deux disciplines qui devraient oeuvrer dans cet ordre de recherches et qu'il conviendrait de motiver fortement : la neurolinguistique et la neuropharmacologie.

En outre, on doit remarquer que le champ très large et très interdisciplinaire couvrant l'ensemble des approches cognitives des dysfonctionnements de la cognition se présente comme un continuum allant de la neurophysiologie à la neuropsychiatrie, en passant par la neuropsychologie. On pourrait dresser des limites de compétences, en distinguant, par exemple, la neurologie qui possède déjà une certaine familiarité avec les approches cognitives, et la psychiatrie, qui se contente bien souvent d'une description des déficits, sans rechercher des schémas explicatifs, et pour laquelle ce qui touche à la cognition est bien souvent étranger.

Toutefois, il ne faudrait pas opposer neurologie et psychiatrie, car, en dépit d'une sensibilité différente aux questions cognitives, leur concours conjoint conditionne bien des avancées, ne serait ce que parce qu'il existe des pathologies charnières présentant à la fois des symptômes neurologiques et psychiatriques, comme la sclérose en plaques et la maladie de Parkinson. Or, les symptômes cognitifs de ces maladies on souvent été négligés, au profit d'une approche purement neurologique ; la coopération de psychiatres et de neurologues s'avérerait certainement très féconde pour obtenir un renouveau sur ces questions.

Toujours pour promouvoir l'approche cognitive, il faudrait davantage impliquer les cliniciens. Un lien entre l'hôpital et les équipes universitaires s'avère indispensable pour aller plus avant dans tout ce qui concerne la pathologie ; en outre, un élargissement à la médecine du travail et à la médecine scolaire permettrait d'accéder à des univers qui demeurent généralement fermés aux universitaires.

À cet égard, on doit distinguer deux catégories de partenaires selon leur degré potentiel d'implication immédiate. Certains partenaires, centre hospitaliers, universités ou laboratoires INSERM, directement intéressés par la mise en place de techniques nouvelles, pourraient dès à présent être impliqués dans les actions incitatives ciblées que le GIS souhaite conduire, et ce d'autant que leur structure permet de telle coopération. En revanche, d'autres partenariats ne sont envisageables qu'à long terme, après qu'un travail de sensibilisation et de valorisation ait été accompli ; le rapport de ce groupe de travail devrait y contribuer en dressant un annuaire des équipes, des thèmes de recherche et des méthodes développées.

Outils
Parmi tous les outils mis à la disposition des chercheurs contemporains, il en est deux qui joueront très certainement un rôle important, à l'avenir, dans l'investigation cognitive des dysfonctionnements de la cognition ; ce sont les outils d'imagerie cérébrale et les outils de simulation.

Pour ce qui est de l'imagerie cérébrale, il importe de préciser qu'il ne s'agit que d'un outil : rien de magique ! Si les idées ne se voient plus guère en chaire de nos jours, elles ne voient pas encore "en chair" dans notre cerveau... Les différentes techniques d'investigation développées depuis quelques années demandent qu'un soin tout particulier soit apporté aux protocoles d'activation. La confrontation des résultats obtenus, tant avec différentes techniques, que pour une seule de ces techniques, requiert un travail de standardisation des protocoles et des conditions d'expérimentation. Enfin les techniques de traitement des données, et surtout de recollage des images obtenues avec les différents outils, demandent encore beaucoup d'efforts.

L'approche cognitive étant issue d'une analyse en termes de processus, la simulation informationnelle de ces processus demeure l'une des clefs de confrontation entre la compréhension théorique et les données empiriques. Comme dans toute modélisation, les modèles informatiques peuvent être soit induits à partir des données, soit être donnés a priori pour être confirmés sur les données. À ce propos, rappelons que l'induction d'un modèle ne se fait jamais ex-nihilo : des éléments de connaissances sur la forme des modèles doivent toujours être fournis en préalable à l'induction.

Toute modélisation part donc d'un a priori donné antérieurement sous forme d'un modèle paramétré, en sorte que l'induction ne porte jamais que sur les paramètres d'un modèle. Cependant, lorsque l'on aborde le domaine des dysfonctionnements de la cognition sous l'angle cognitif, les données ne sont pas toujours données avec évidence : elles résulte d'une interprétation. Les données ne servent donc ni à induire directement le modèle, ni même à l'évaluer ; en revanche, c'est le modèle qui va guider la recherche des données et, plus particulièrement, la recherche des déficits. Le modèle est non seulement confronté aux données, mais de plus, c'est lui qui va aider à construire les données.

Remarquons que, pour ce qui nous intéresse, la simulation n'est pas seulement une simulation de fonctionnements normaux, mais cela peut aussi être une simulation de dysfonctionnements.

Bien sûr, personne ne songe à privilégier, dès l'abord, un a priori sur les données ou une classe de modèles (réseaux de neurones formels, algorithmes génétiques ou systèmes de production) à l'exclusion d'autres. la modélisation doit rester oecuménique et procéder à des confrontations. Dans cet ordre d'idées, les modèles boites noires, inspirés du comportementalisme, datent vraiment... Il serait grand temps de les améliorer par l'introduction de connaissances et de mécanismes de différents ordres, en particulier, de neurochimie.

Au reste, la neuropharmacologie et l'étude des effets des médicaments pourrait être d'un grand secours : il conviendrait d'encourager des études dans ce sens.

Thèmes
Il reste, pour préparer des actions incitatives sur projet, à dégager des thèmes interdisciplinaires à la fois fédératifs, en ce qu'ils réuniraient des équipes en provenance d'horizons disciplinaires différents, et prospectifs, en ce qu'ils exploreraient des questions centrales pour l'avenir. Dans le cadre d'un programme de recherche en sciences cognitives, il serait souhaitable que ces thèmes montrent en quoi psychopathologie de la cognition apporte beaucoup à l'étude des comportements normaux, d'autant plus que cela motiverait certainement beaucoup d'équipes.

Trois thèmes susceptibles de répondre à nos objectifs sont apparus :
- Planification
- Représentation mentale de l'action
- Intentionnalité

Ces thèmes devraient motiver de nombreux chercheurs en provenance de tout le continuum qui va de la neurophysiologie à la psychopathologie, car ce sont des thèmes "actuels" qui concernent aussi bien des pathologies neurologiques, comme les troubles frontaux, que des pathologies psychiatriques, comme les troubles schizophréniques ou les troubles dépressifs définis comme des troubles de l'initiation de l'action.

D'autres thèmes plus prospectifs, comme "la temporalité" ou "les rapports entre affect et cognition" pourraient donner matière à des groupes de travail qui dégagerait des cadres théoriques, des hypothèses et des plans méthodologiques permettant de les tester. Ils pourrait même, à terme, susciter des vocations de programmes.

Enfin le thème de la "mémoire" est actuellement au programme de nombreux laboratoires de psychologie, de neuropsychologie et de psychopathologie. Il n'a pas été retenu dans les toutes premières priorités. Peut-être convient-il de reconsidérer ces choix, peut-être convient-il de l'écarter du fait même qu'il est déjà soutenu par nombre d'actions. La question demeure ouverte.
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